[Tango] L'histoire du Tango

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[Tango] L'histoire du Tango

Message par Breakman le Mer 16 Sep - 23:54




1. Les origines du tango et la Guardia vieja jusqu’à la première guerre mondiale.


Origines européennes

Au XIXe siècle, l’Argentine gardait toujours des liens étroits avec l’Europe, tant culturels qu’économiques.
Au début de ce siècle, la valse y est tout aussi prisée qu’en Europe. Polka, mazurka et autre scottish sont
également appréciées. Se mêlant à la habanera d’origine cubaine et espagnole, elles donnent la milonga
dans les années 1870. Cette dernière est très populaire dans les quartiers pauvres où vivent les immigrés
et les ex-gauchos. Parmi eux, des payadores, chanteurs ambulants de la Pampa, dont le répertoire à la
gloire nostalgique de ce qu’étaient les gauchos amène aussi une influence. Les immigrés se réunissent le
soir dans les patios des conventillos pour chanter leur solitude et la nostalgie du pays quitté. Mais d’autres
endroits plus festifs sont aussi fréquentés : les rues, guinguettes, cafés, cabarets et… bordels.

Origines africaines

Le terme tango pourrait être d’origine centre-africaine, amené par les esclaves du Congo, dont
l’étymologie signifie « lieu fermé ». Mais il pourrait être aussi l’onomatopée du son d’un tambour. Il devient ensuite, en Amérique latine, le nom du lieu où les Noirs se réunissent pour danser le candombé. De là, ils s’en inspirent peut-être pour codifier les pas, ce qui amènera la milonga.
Il se peut aussi que les compadritos aient cherché à imiter le candombé des Noirs. Ils en modifient les pas, les cadences et le comportement des danseurs : danser ensemble plutôt que face à face. Autre hypothèse encore, filiation par les gauchos, dont le comportement bagarreur et le couteau facile auraient amené les adversaires à tourner l’un autour de l’autre…
Et donc, vers 1870, la danse «nègre» devient une danse des Blancs, mais sans avoir encore de lettres de
noblesse ! 1874 : premiers indices de l’existence du tango : des soldats en campagne chantent les couplets de «El Queco» (Le Tango, Horacio Salas, éd. Babel 111, p. 65).
De toutes ces origines possibles, autant imprécises que plurielles, émerge une façon de danser et de jouer une musique. Les principaux ingrédients sont déjà réunis : nostalgie, fierté, sensualité, mais aussi esprit festif.
Ce tango du début relève du rythme à deux temps de la milonga, avant de prendre celui caractéristique du tango.
Toutefois, le tango ne remplace pas la milonga, les deux se côtoient.
Les instruments en sont la guitare, la mandoline (rapidement délaissée), le violon et la flûte (remplacée par le piano lorsque le tango entre dans des lieux fermés). Les musiciens, jouant principalement d’oreille (ils sont appelés orejeros), se réunissent en trio ou en cuarteto, voire en quinteto.

Des textes improvisés et à connotation sexuelle accompagnent parfois la musique. Ainsi, «Dame la lata » qui est écouté en 1888 dans les maisons closes. Mais la bienséance et le contrôle du pouvoir en place en font changer le titre et les paroles. Par exemple, «La concha de la Lora» (la chatte de Laura) qui s’écrit «La c… de la L…» devient «La c…ara de la l…una» (La face de la lune).
À la fin du siècle, le tango, venant de la rue avec les bals populaires, rentre dans les bordels, les cabarets et les cafés spécialisés (on y achetait une fille pour une danse… et parfois plus !) au grand dam des classes bourgeoises bien pensantes qui refusent de fréquenter ces quartiers.
Encore que les fils de bonne famille vont en douce s’y encanailler !
Ces lieux «mal famés» deviennent un vecteur de développement du tango, comme ils l’ont été à la Nouvelle-Orléans pour le jazz. L’orgue de Barbarie et l’enregistrement sur rouleau de cire, puis sur disque, favoriseront également son essor.

Parmi les premiers titres connus, «El entrerriano» de Rosendo Mendizábal, 1897; «Don Juan» de Ernesto «Pibe» Ponzio, un des premiers tangos chantés.

La Guardia vieja

Une deuxième génération de musiciens/compositeurs arrive : ils sortent des académies et écrivent des musiques sur lesquelles des danseurs tout aussi professionnels dansent dans les boîtes de nuit, les cabarets ou les théâtres. La musique se répand largement grâce à l’invention du phonographe. À ses côtés, l’orgue de Barbarie joue un rôle aussi important en propageant les airs à la mode de rues en rues; airs dont les partitions imprimées sont largement diffusées. La musique est moins improvisée qu’au siècle précédent; les thèmes, souvent anonymes et venant du fond culturel multiethnique, sont repris et baptisés
«tango» après quelques arrangements musicaux. Les tangos archi-connus «El choclo» (1903) et «La cumparsita» (Montevideo, 1916) sont écrits à cette époque.

Le tango reste un phénomène essentiellement urbain - tango porteño; il se développe à la fois des deux côtés du Rio de la Plata : à Buenos Aires et Montevideo, avant de se répandre dans toutes les villes d’Europe, à commencer par Paris.
Un musicien et parolier représentatif de cette époque est Angel Villoldo. Un pied à la campagne et un pied à la ville : autant payador que compositeur de tango - c’est lui qui a composé «El choclo» - ou parolier - il a écrit les paroles de «La Morocha», un des premiers tangos chantés sur la musique de Enrique Saborido.

En 1907, Angel Villoldo va à Paris avec Alfredo Gobbi (à ne pas confondre avec Alfredo Gobbi, son fils violoniste) et l’épouse de ce dernier et ils enregistrent quelques disques.
Le tango prend son essor : la musique se stabilise tout en s’enrichissant, surtout grâce à l’apport fondamental du bandonéon et du tango cancíon. La danse devient moins agressive et moins érotique : étant plus stylisée, elle est acceptée presque partout, sauf encore par la haute société.
Sauf aussi par le clergé; encore que le pape, ayant demandé à voir, ne la condamne pas, tout en conseillant de danser plutôt une danse de sa Vénétie natale… Du moins, c’est ce que raconte la légende !

Les tangos se jouent dans les cafés et les théâtres du quartier de La Boca (le berceau !) et d’ailleurs. Et bientôt ils s’écoutent plus qu’ils ne se dansent : « la musique monte des pieds à la tête ».

Autre fait marquant, des musiciens deviennent des personnalités dont les
enregistrements sont arrivés jusqu’à nous. Par exemple, rappelons le pianiste
Anselmo Rosendo Mendizábal («El entrerriano») et le violoniste Ernesto Ponzio
(«Don Juan»); des bandonéonistes tels que Juan «Pacho» Maglio, le premier à
enregistrer sur disque, et Eduardo Arolas surnommé «El Tigre del Bandoneón»; des
chefs d’orchestre comme Vicente Greco (bandonéon), Roberto Firpo (piano) ou
Francisco Canaro (violon). Ce dernier, surnommé «Pirincho», marquera les décennies suivantes jusque dans les années cinquante en adaptant son style à la mode de l’époque.

Les danseurs se professionnalisent aussi, le plus marquant étant Ovidio Bianquet – «El Cachafaz», tout en exerçant parfois plusieurs professions, comme par exemple Enrique Saborido, aussi musicien.
Enfin, des compagnies d’enregistrements phonographiques, en plein essor, s’installent à Buenos Aires. Les orchestres sont enregistrés et des milliers de disques sont gravés. Leur vente est un élément important de la diffusion du tango, tant nationale qu’internationale.
En 1911, Vicente Greco est enregistré avec son orchestre composé de deux bandonéons, deux violons, piano et flûte; ce premier sextuor deviendra plus tard - en changeant la flûte contre la contrebasse - l’orquesta típica développé par Roberto Firpo.

Ainsi le tango gagne petit à petit toute la ville, il est déjà bien installé dans le centre. Seuls les quartiers bourgeois résistent.
Parallèlement, le tango envahit Paris et Londres et provoque très vite une tangomania ! Les Parisiens sont, à cette époque, friands d’exotisme. Et en 1913 plus précisément, tout est tango, des habits aux boissons, en passant par la couleur. La haute société s’y adonne sans vergogne. « La moitié de la ville frotte l’autre » écrira le caricaturiste Sem et la comtesse Mélanie de Pourtalès de murmurer à son voisin : « Doit-on vraiment le danser debout ? »

Toutefois, la danse est devenue édulcorée : tango liso ! Des Argentins traversent l’Atlantique et enseignent la danse sur la musique jouée par des orchestres tout aussi argentins.
Sous l’impulsion de ces «professeurs», les pas se codifient, les figures deviennent décentes.
En 1914, début de Première Guerre mondiale, les Argentins rentrent au pays. Sur le plan économique, l’Argentine prospère : elle envoie viande et blé en Europe. La haute société portègne, imitant celle de Paris, finit par accepter cette musique et cette danse : c’est bon puisque cela vient de Paris. Le tango commence à faire partie intégrante de l’identité portègne, toutes classes sociales confondues. Déjà des tentatives avaient eu lieu pour faire accepter le tango par les classes aisées; ainsi le baron Antonio Roca organisa en 1912 une nuit du tango au Palais des Glaces et en 1913 un festival de trois jours au théâtre du Palace, soutenu par un comité de dames patronnesses et pour lequel le baron demanda aux danseurs
d’éviter les figures osées.
On demanda aussi à Francisco Canaro, la première fois qu’il joua avec son
orchestre dans une réception, de prévenir ses musiciens de ne pas embêter les jeunes filles, ni se saouler…


2. La Guardia nueva et le Décarisme – (à partir de 1920)
… ou les évolutionnistes et les traditionalistes


1920 : les nations émergent de la Première Guerre mondiale. Durant les années
vingt, l’Argentine, en pleine prospérité, accueille un flux important d’immigrés :
deux millions d’Italiens, d’Espagnols et de Français. Le tango a conquis les
classes aisées de Buenos Aires et de Montevideo, mais aussi des grandes villes
argentines. Il profite aussi du soutien du Président de la République, Marcelo T.
Alvear. Outre les enregistrements phonographiques, la radio se révélera un
vecteur important pour la diffusion du tango. Tous les musiciens et les
chanteurs y passent obligatoirement et certains mêmes ne se produiront qu’à
travers ce média plutôt qu’en public.

À Buenos Aires, les orchestres jouent dans le centre et dans les quartiers de banlieue, non seulement dans les cafés, les guinguettes et les cinémas populaires, mais aussi dans les cabarets les plus chics, dans les théâtres et animent les bals organisés par la bourgeoisie. Les gens y vont écouter leurs orchestres favoris, ou se rendent, s’ils veulent danser, dans les dancings ou dans les salones de baile, plus élégants.

Un des plus célèbres établissements est le Nacional Café, ouvert en 1916 rue Corrientes; il accueillera les plus grands musiciens durant quarante ans. D’autres cabarets s’ouvrent et portent des noms évoquant Paris; les prostituées s’annoncent françaises et si elles ne le sont pas, adoptent un nom francisé. Les cabarets brassent des personnes de tous les milieux sociaux sans cloisonnement : tant les hommes de la haute société que ceux des classes moyennes dansent avec des jeunes femmes souvent d’origine modeste ou pauvres. Ces milongueras (danseuses) ou ces milonguitas (entraîneuses) ne rêvent que de quitter leur
conventillo et devenir riches. Plusieurs tangos reprennent ce thème : «Milonguera», «Milonguita», «Griseta» ou «La mina del Ford». Mais les hommes qui veulent danser avec les meilleures danseuses doivent se montrer à la hauteur, ils s’exercent donc entre eux, entre rivaux… et on est d’autant plus viril que l’on danse bien le tango !

Ce tango est cependant différent de celui de ses origines populaires. Tant par la danse que par la musique :

les pas sont plus codifiés, les figures sont moins provocantes et la musique est plus édulcorée, mais aussi plus élaborée. Ces changements donnent deux écoles : celle des évolutionnistes et celle des traditionalistes. Cette dernière produit une musique plus rythmée et dédiée à la danse. Tandis que la tendance évolutionniste recherche une meilleure orchestration aboutissant à une musique plus complexe, plus construite. La taille des orchestres aussi est différente : alors que l’école évolutionniste s’en tient au sextuor, l’orquesta típica, les traditionalistes, Francisco «Pirincho» Canaro en tête, multiplient les
instruments, allant jusqu’à des formations d’une quarantaine de musiciens… plus les chanteurs !

Source:
François Robin
Claire LeGouic

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